Plastics
10 avril 2018

Dans notre société nous faisons face aujourd’hui à un nouveau genre de visuel qui affecte nos enfants dès leur plus jeune âge. Les photographies que je mets en scène dans ce projet font apparaître le niveau de perception et de projection que les petites filles ont de l’image de la femme.
Ici, je m’appuie sur les concours de beauté pour enfants, très populaires aux États-Unis : les concours de « Mini-Miss », pour aborder la notion de corps et d’artifice qui est un point clef de mes préoccupations. Montrer comment ces enfants vont se mouvoir dans ce corps faux qui les rend mal à l’aise et inconfortable car bien trop différent de leurs individualités de petites filles. On découvre alors des visages déformés et défigurés par les apparences, le visage de la beauté que l’on essaye de faire porter de force à ces enfants.
Pour les libérer de cette représentation de la poupée, étouffée par les paillettes et le maquillage, je détourne alors les codes de la beauté utilisés dans ces concours en laissant la main mise aux petites filles, qui peuvent enfin décider à quoi elles vont ressembler.
Pendant les mises en scène, vêtements, maquillage, accessoires, bijoux et chaussures d’adulte sont mis à leur disposition, avec la seule consigne de se « préparer comme des femmes », sans qu’à aucun moment je n’intervienne pour les aider. Elles deviennent maître de leur apparence et vont, sans le savoir-faire de l’adulte, réinterpréter les codes de la beauté avec leurs yeux d’enfants. En laissant ainsi la petite fille endosser seule le rôle de femme, on constate « qu’il n’est pas à sa taille » mais, à l’image des vêtements, bien trop grand.
Au-delà de la dénonciation de ces concours qui hyper-sexualisent les enfants, ce projet photographique vise un questionnement plus large sur la manière dont la société façonne l’idée de la beauté et de la représentation de la femme chez nos enfants.